Bye bye le taff !

Le 17 mars 2020, le premier confinement débutait en France. Notre FIV DO en République Tchèque était violemment stoppée alors que je venais de m’injecter une grosse dose d’ENANTONE. #ménopauseartificiellepourrien

Un an plus tard, je suis enceinte de 29 SA et ma gynécologue vient de me prescrire un arrêt de travail allant jusqu’à la date de début de mon congé maternité. Lors de ma consultation du 7ème mois, j’ai raconté mes petits malheurs : les insomnies, la fatigue et le stress du boulot. Rien de grave quoi. Je parle de mon impression de courir tout le temps partout, et ma voix se brise malgré moi lorsque je dis que « je trouve ça dommage de ne pas pouvoir profiter pleinement de ces derniers mois d’une grossesse pour laquelle j’ai quand même bien galéré ». Ma gynéco elle-même rappelle que c’est « une grossesse précieuse, avec un don d’ovocytes ». Et pouf : me voilà arrêtée pour un mois et demi. Je trouve ça tellement gentil et cool de sa part … Je la reverrai une dernière fois dans trois semaines pour l’échographie officielle du 3ème trimestre, et ensuite la maternité prendra le relai. J’espère que le feeling passera aussi bien.

Je ressors du rendez-vous abasourdie, contente et presque choquée, me demandant comment je vais annoncer ça au travail et comment on pourra s’arranger. D’office des copines me disent : « On s’en fout du taff, c’est toi d’abord. » Et c’est exactement ce que j’aurais dit à quiconque dans ma situation. Mais je culpabilise de planter ainsi mes collègues et ma remplaçante, qui est encore loin d’être au point sur mon poste. Me voilà donc là, posée sur mon canapé, à tenter d’intégrer le fait que je n’aurai plus à travailler durant plusieurs mois. Du jamais-vu dans ma vie !

Dans l’après-midi je téléphone à ma boss. C’est officiellement notre dernière conversation, puisque la DRH est très à cheval sur le fait qu’on ne doit pas travailler durant un arrêt maladie. Je rassure ma remplaçante en lui disant que je ne la laisserai pas totalement tomber du jour au lendemain. Mais je sens déjà que ma tête est ailleurs … Je ne sais pas trop où, mais définitivement plus au travail. J’ignore ce que je vais faire de ces prochaines semaines, mais savoir que je n’ai aucune obligation (à part ce fucking test de dépistage du diabète gestationnel ahah) me laisse rêveuse !

Grossesse : deux tiers du chemin !

Ça y est : le troisième trimestre a enfin débuté ! J’aimerais vous dire que ça passe vite, maaaaais … ça ne serait pas tout à fait vrai ! Il y a des jours avec et des jours sans. Dans les faits tout va bien, j’ai juste quelques classiques trucs de la grossesse, genre mal en bas du dos (depuis j’ai acheté une ceinture Physiomat ; best investment ever), des insomnies récurrentes et l’impression constante d’être une baleine. ^^ Mon « ancien » corps – avec sa force, sa souplesse et son endurance – me manque, mais on est là clairement sur des « problèmes de riches ».

Côté psychisme, là aussi c’est fluctuant. J’ignore tout des doses d’hormones durant la grossesse, mais j’imagine que l’on baigne dedans un peu comme lors d’une FIV. Je suis hyper sensible, susceptible et fragile (en tout cas je me sens ainsi). L’arrivée de ma future remplaçante au bureau a réactivé une bonne dose de stress à ce niveau. Le congé maternité (qui débute le 27 avril) me parait très loin. J’ai bien envie de me faire arrêter un peu, histoire de respirer et retrouver mon calme une petite semaine. Mais je sais déjà que je culpabiliserai de planter mes collègues … J’ai annoncé que je ne reviendrai pas en 2021 (on va tester le congé parental durant quatre mois) et c’est un big soulagement. J’ai vraiment besoin d’une pause avec ce taff où tout me sort par les yeux en ce moment.

La détente !

Bientôt 23 SA et – enfin ! – je m’apaise. Merci les petits « plops » réguliers au creux du ventre. Ceux du matin, alors que je suis encore toute endormie dans mon lit, sont très mignons. J’ai l’impression qu’il me dit : « C’est bon je suis là, tu peux commencer ta journée sereinement ! » Les angoisses de morts diverses et variées se sont calmées. J’ai enfin le sentiment qu’on peut aller au bout de cette grossesse sans encombre, de façon « classiquement normale ». Il était temps !


En parallèle, j’ai lâché prise sur pas mal de trucs : l’organisation de l’avenir, le déménagement, les travaux, le matériel, le mode de garde … J’ai abdiqué. Pour ma relation de couple – je ne sais pas combien de temps Lucien aurait tenu à m’entendre seriner jour et nuit : « Et ça comment on va faire ? Et ça tu t’en occupes quand ? » – et pour mon bien-être psychologique (et celui de mon bébé, sans doute indissociable). J’ai lâché, simplement. Ça ne sera pas prêt à temps. Notre fils n’aura pas de chambre lorsqu’il viendra au monde. Nous n’aurons sans doute pas encore déménagé puisque les travaux s’avèrent plus costauds que prévu. Nous n’aurons pas de mode de garde pour la fin de mon congé maternité (et j’avoue que ça m’arrange un peu, même si financièrement ça risque d’être short). Je n’ai pas non plus envie de faire mille et une études de marché pour savoir quelle est la meilleure poussette. On aura sûrement pas tout le matos plus ou moins indispensable selon les uns et les autres. Ça ne sera pas parfait, loin de là. Et ce sera très bien ainsi. 

Ma pote enceinte en même temps que moi a déjà tout acheté pour sa fille. Grâce à elle j’ai même découvert qu’il existe un adaptateur de ceinture de sécurité pour femmes enceintes, quand moi je me contente pour les longs trajets d’une pince à 3€ qui laisse un peu de mou à mon bide ! J’ai l’impression que tout le monde à un avis sur ce qu’il faut absolument avoir. Je comprends l’envie de partager les bons plans, mais perso ça m’angoisse plus qu’autre chose. Ça me fout une sorte de pression débile, du style « si tu n’as pas ça, tu vas galérer et tu le regretteras ». Je grossis le trait évidemment, mais c’est un peu l’idée. La sur-information qu’on trouve sur le web en rajoute aussi une couche. Je ne vous parle pas du choix du prénom, qui est THE sujet. Euh les gars j’accouche en juin, on a encore le temps de voir venir non !? C’est comme si TOUT devait être prêt et calé dès maintenant et de la meilleure façon (ou en tout cas de la façon recommandée par X ou Y).


Côté taff c’est un peu pareil, j’ai lâché prise. Malgré une reconnaissance de mon boulot pour l’année 2020 (prime + augmentation), je n’ai qu’une hâte : être en congé maternité. La pression qu’ils me mettent me glisse dessus de plus en plus. Je vais avoir un bébé quoi ! C’est juste dingue, et c’est désormais ma priorité dans la vie.


Nous avons eu notre premier rendez-vous avec une sage-femme. J’avais choisi d’opter pour la préparation à l’accouchement la plus simple et classique qui existe. Pas envie d’être abreuvée de techniques en tout genre. Je veux juste savoir globalement comment ça se passe et ce qui peut arriver. J’ai bien intégré que de toutes façons c’était un peu la loterie ! Comme depuis le début de la grossesse, c’est le corps qui décide et tu as juste à accepter. Mais suite à ma mésaventure de la T2, je mets un point d’honneur à ne plus me « laisser faire » par le personnel médical. Je me doute que, dans le feu de l’action, c’est souvent plus facile à dire qu’à faire. Mais il est hors de question que je revive un truc dans ce style. Ils ont évidemment davantage de connaissances que moi sur le sujet ; pour autant je suis pas qu’un corps qui abrite un bébé. J’ai besoin qu’on m’explique ce qui se passe et ce qu’on va (me) faire.

Bref : revenons à ma sage-femme ! Le contact est super bien passé, elle a amené des sujets et des réflexions très intéressants, notamment sur la place du papa, sur les fameux « autres » qui ont toujours un avis sur tout et aussi sur la psychologie de la mère durant la grossesse et l’allaitement. Elle a évoqué la méthode Bonapace. J’avais déjà vu passer le terme mais sans accrocher. Là elle me l’a présentée comme une façon d’en apprendre plus sur mon corps, d’être active durant l’accouchement et aussi (surtout) me faire du bien durant la grossesse. Donc je vais me laisser tenter par un cours – en plus de ceux de la prépa classique – histoire de voir concrètement ce que ça donne.

Le gros con de la T2 !

La veille de mon échographie officielle du deuxième trimestre, je reçois ceci : « Dr *** a annulé le RDV du mar 26 jan. à 10h00. » WTF ?! Ça fait des jours que je me réjouis à l’idée de cet examen, un des rares auquel Lucien peut assister (fucking Covid-19). Ni une ni deux, j’appelle le secrétariat qui m’informe que ma gynéco a dû annuler tous ses rendez-vous pendant une semaine. En remplacement, elle me propose un créneau le soir-même, avec un autre docteur du cabinet. J’accepte. Je ne sais pas exactement jusqu’à quand je peux faire cette fameuse écho, du coup je préfère ne pas prendre de risque. Et puis je ne suis pas sûre d’avoir envie de poireauter encore plusieurs jours.

En attendant Lucien avant d’entrer dans le cabinet, je regarde qui est ce docteur que je vais rencontrer pour la première fois. Je me souviens avoir déjà vu son nom et l’avoir écarté de mes choix. Google me rappelle vite pourquoi :

J’ai été déçue du déroulement des échographies où nous n’avons que très peu d’explications, même pour l’écho du 2ème trimestre … Les examens étaient en plus assez douloureux, la sonde appuyée très fort sur le ventre. Je pensais que je devais être trop sensible mais je vois dans les autres commentaires que je ne suis pas la seule.

Professionnel peut-être compétent mais très désagréable sur le plan humain. Il n’a aucun respect pour les femmes en surpoids. Examen désagréable et douloureux et c’est lui qui se plaint d’avoir mal au bras à la fin de la consultation ! Quand on a des problèmes de poids on a pas besoin de payer 160€ pour se sentir humiliée. Cette situation en vient même à ternir notre joie de découvrir notre enfant lors de la 2ème échographie.

Il n’a pas beaucoup parlé pendant et après l’examen donc pas bcp d’explications sur ce qu’il voyait. Je ne sais pas si c’est habituel mais j’ai eu beaucoup mal au ventre pendant et après l’examen car il a appuyé très fort pour bien voir. J’ai bien mis 2h pour retrouver mes esprits.

Nous sommes venus pour une échographie à terme, le docteur s’est montré très brutal et arrogant lors de l’échographie. À fuir absolument.

Horrible expérience avec ce docteur lors de ma grossesse gémellaire. 1ère et dernière écho avec lui. Cynique envers les personnes « grosses ». Moqueur, inhumain, détaché, violence obstétricale avec la sonde vaginale. Je déconseille fortement ce médecin.

Déconseille fortement. Très déçu et dégoûté de déroulement de la 2ème échographie. On ne peut faire une 2ème écho qui est très importante en juste 15 minutes. 160€ pour une consultation âpre de laquelle tu sors avec un goût amer et effondré en larmes.

A côté de cela, le mec a l’air compétent. Mais franchement je suis pas sereine au moment de passer la porte. Dès le premier contact ça se confirme : je sens que ça ne va pas le faire, je n’accroche pas du tout avec ce type de personnalité.

Lucien est assis sur une chaise loin de moi. L’examen commence. Comme le type est effectivement peu loquace, je lui demande s’il veut bien nous décrire ce qu’il voit et mesure. Il chuchote dans sa barbe. Fait des « blagues » douteuses. Mais quelque chose me choque particulièrement. Notre bébé se cache : il met sa main devant son visage, ou son pied, ou son genou. Ça agace le docteur qui veut faire une belle photo 3D – plus pour son égo que pour nous j’ai l’impression – et qui n’y arrive pas. Sans prévenir, il se met à taper sur mon ventre violemment, en disant « allez dégage » d’un ton pas du tout aimable. J’en reste sans voix. Autant je commence à m’habituer à l’écrasage de bide avec la sonde, autant là c’est un niveau au-dessus. Le terme de « violence obstétricale » me revient en arrière plan. Mais je passe outre : j’ai mon bébé en bonne santé sur un écran géant face à moi et c’est ce sur quoi je reste concentrée.

Je ne décroche quasi plus un mot jusqu’à la fin de l’examen, qui me parait tout de même trop assez rapide (à peine 30 minutes au total). Pourtant j’ai des questions ! Tout va bien mais j’ai un « gros » bébé (95ème percentile pour le poids). Faut-il que je m’en inquiète ? Est-ce que ça présage des choses pour la suite ? Je garde toutes mes interrogations pour ma consultation du 6ème mois, avec MA gynéco bien plus douce et agréable que ce con type.

Nous ressortons de là avec de belles images : 3D, format papier et numérique … On en demandait pas tant ! Tout est Ok et normal, c’est bien là le principal. Mais sincèrement, cette échographie me laisse un goût un peu amer.

Grossesse : la moitié du chemin !

« Déjà ! » a dit ma soeur. Hum tout est relatif ! ^^ On valide les étapes une à une. La prochaine étant la fameuse échographie du deuxième trimestre, dans dix jours.

Physiquement ça va. Je suis à bientôt 21 SA, soit dans le 5ème mois de grossesse. J’attends toujours de sentir quelque chose dans mon bide. Parfois j’ai l’impression que … Mais c’est tellement léger et fugace que je me demande si je ne l’ai pas imaginé ! Les nausées ont totalement disparu, j’affiche un beau bidon et 52 kilos. J’ai un peu de mal avec ce corps. Pas tant sur le plan esthétique, mais plutôt niveau sensations et mobilité. Tout est tellement différent !

Cette semaine je suis sortie hors de chez moi pour la première fois en mode « ventre apparent » – j’avais un pull moulant quoi – et c’était assez étrange. J’ai ressenti une certaine fierté mêlée de sérénité, mais surtout une grande vulnérabilité. Les gens « louchent » sur mon ventre et la grossesse devient LE sujet de conversation avec les collègues (alors que je n’ai pas spécialement envie de parler de ça avec eux). Tout le monde a son mot à dire, et moi rien à fou*** de leur avis.

Côté moral c’est moyen. Mais je pense que tout le monde morfle en ce moment … Mon isolement me pèse, ma famille me manque, le boulot me rend dingue (ils me foutent une pression de ouf avant mon départ et sont persuadés que je serai de retour en septembre ; mais no way les gars j’ai pas du tout envie moi), le déménagement me stresse … La gynéco m’a conseillé une psychologue. À 60€ la séance, ça m’a refroidi. Je préfère mettre ça dans une séance d’ostéo ou n’importe quoi qui soit un peu plus … concret ! Objectivement je sais que je me noie dans un verre d’eau et qu’il n’y a rien de dramatique, mais j’ai la sensibilité haut perchée en ce moment. Le psychiatre ne veut pas augmenter le ZOLOFT, mais on le garde quand même. Comme il est grossesse et allaitement friendly il n’est pas question de l’arrêter maintenant ni dans les mois qui suivent la naissance. J’ai d’ailleurs réalisé récemment que ma big dépression datait d’il y a (déjà) plus de trois ans. Trois ans sous médocs. C’était loin d’être trois années de bad, mais ça fout un coup de se dire que cette fragilité est toujours là. La grossesse ne l’a pas miraculeusement effacée, loin de là. Bizarrement je redoute moins le post-partum, mais je suis sûrement d’une grande naïveté ahah ! ^^

19 SA + 1 jour

Mon foetus radioactif et moi-même patientons dans la salle d’attente de la gynécologue. La veille j’ai vomi mon thé du matin alors je suis contente un peu rassurée.

Évidemment tout va bien. Il y a un coeur qui bat, des mains en l’air, des pieds croisés et même un mini pénis. Je demande presque les statistiques de mort in utero pour les 5 mois à venir. La meuf pas glauque du tout. La gynéco me dit que le risque zéro n’existe pas et qu’il n’existera jamais. Que ce soit maintenant ou quand mon fils sera bien là en chair et en os. « Oui mais là je ne sens rien et je ne peux rien faire si quelque chose se passe mal. » Hashtag control freak. « C’est ça la grossesse : vous ne pouvez rien contrôler. » Ah c’est le grand retour du lâcher-prise. Bah j’ai pas fini de m’angoisser avec ça. ^^

Je repars avec un poster une photo format A4, « pour le papa » me dit-elle. Et rendez-vous dans 10 jours.

Coucou toi !

Ou devrais-je écrire : « Coucou vous ! » Mes bonnes vieilles copines : Angoisse et Dépression ! Ça faisait un bail non ? Ah vous n’étiez pas loin ?! J’aurais dû m’en douter. Je parie que je vous ai retrouvées au cabinet dentaire ! Cool …

Je ne sais pas si c’est le contrecoup des fêtes, cette impression d’isolement que je ressens de plus en plus (avec le télétravail je ne vois personne à part Lucien et ma pote en cloque qui passe chez moi une fois par semaine) ou « juste » mes angoisses qui ont atteint un niveau que je ne peux plus faire semblant d’ignorer. Ce matin j’ai fait ce que je me retenais de faire depuis un moment : avancer mon rendez-vous chez la gynéco. Parce que ma trouille que tout se soit arrêtée en silence dans mon ventre devient ingérable. Je lis qu’on doit sentir les premiers mouvements du bébé entre 18 et 20 SA. Je sais que ce n’est qu’une généralité, et que chaque grossesse est différente. Je le sais ! Mais vous connaissez les angoisses, c’est loin d’être logique. Ça me paralyse. Je perds toute envie, je veux juste rester planquée sous ma couette. Comme si j’étais en sursis avant l’évènement inéluctable. Avant je me sortais de tout ça avec une grosse bouffe, un LYSANXIA et un bon footing. Aujourd’hui mes moyens sont plus limités. Et ce n’est visiblement pas suffisant.

Lucien n’est pas du tout impacté par mes angoisses. Il parle à mon ventre. Mais hier, devant mon état, il m’a quand même encouragé à avancer mon rendez-vous avec la gynéco. « Comme ça on aura de nouvelles photos ! » Je n’avais pas la motivation d’appeler le secrétariat pour ça, mais Doctolib proposait un créneau pour mercredi matin … Bref : dans 48 heures je serai fixée rassurée.

Ps : et bonne année hein ! ^^

La radiographie panoramique dentaire …

La Sécu « offre » un examen de prévention bucco-dentaire à compter du 4ème mois de grossesse jusqu’au 12ème jour après l’accouchement. Bonne élève, je prends rendez-vous chez le dentiste sans attendre.

C’est mon premier rendez-vous dans ce centre, mon précédent dentiste étant parti à la retraite. Je remplis un formulaire, une assistante vient me chercher pour me faire passer une radiographie panoramique dentaire. Elle sort de la pièce le temps que l’appareil tourne autour de ma tête. Je ne tilte pas. Je vois ensuite la dentiste. Tout est Ok. Elle a ma radio sous le nez et ne fait aucune remarque particulière. Tout va bien.

Je repasse par le secrétariat avant de partir. La nana tique sur le papier de la Sécu. « Mais vous êtes enceinte ? Et vous avez fait la radio ?! » Bah oui, je l’ai inscrit sur votre foutu formulaire. Et non, j’ai pas pensé à le dire et personne ne me l’a demandé. Elle a l’air très embêtée puis qui me dit : « Prévenez-nous s’il y a un problème dans les prochains jours ou les prochaines semaines. » Pardon ?! Je commence à gentiment péter un câble, un dentiste se pointe. « Non mais au 4ème mois ça va normalement. Mais surtout il ne faut pas en faire plus d’une par an. »

Je ressors de là hyper rassurée. Il est trop tard pour joindre ma gynéco par téléphone. J’envoie un mail. Je préviens quelques copines. Et j’attends.

Sur fond d’angoisse(s) …

Noël est passé. En couple, puis avec mes parents et ma soeur, et enfin avec la famille de Lucien.

J’aurais aimé vous dire que ce Noël était exceptionnel. Mon premier Noël enceinte ! J’aurais pu / dû en profiter pleinement et sereinement. En vérité il y a ce Covid-19 qui met une chape de plomb sur … tout. Mon père qui porte les stigmates des merdes de santé suite à la double greffe de moelle osseuse. Ma mère over-stressée à l’idée de devoir déménager (la maison est rachetée pour être détruite et remplacée par un complexe résidentiel). Ma soeur qui vient de se séparer, habite loin (c’est son choix) et est triste de nous voir si peu. Et il y a moi, qui angoisse silencieusement sur ma grossesse en craignant toujours que ce bonheur prenne fin un matin sans prévenir. 

Nous ne nous étions pas vus depuis plus de trois mois. Une éternité comparée à notre rythme d’avant le confinement (de mars). C’était une bonne journée, malgré les larmes de ma soeur lorsque Lucien et moi sommes rentrés chez nous. En temps normal, j’aurais craqué aussi. Mais je n’ai pas pleuré depuis mille ans. En tout cas pas depuis la RT (au moins). Lucien a été plus émotif que moi lors du premier taux, de la nuit à Poissy ou encore quand on a découvert le sexe de notre futur enfant. De mon côté il y a un certain recul, presque comme un détachement. Je ne me réjouis pas à fond, mais du coup je ne m’effondre pas non plus. Je suis encore sous ZOLOFT 50 mg par jour, avec un suivi par le psychiatre une fois tous les deux mois. Peut-être est-il temps d’arrêter complètement cet antidépresseur ? Je n’arrive pas à savoir si cette gélule est responsable de cette relative froideur que je ressens au quotidien … J’ai vécu toute ma « vie émotionnelle » en montagnes russes avant de sombrer totalement après deux ans de PMA et de commencer le ZOLOFT (qui m’a littéralement sauvé la vie). Je sais que le post-partum sera un moment sensible … Mais d’ici là, est-ce que ça vaut vraiment le coup de continuer ? Peut-être que ça garde sous contrôle mes angoisses et que, sans ça, je serais H24 en panique ? Impossible de savoir.

Lucien et moi sommes officiellement propriétaires depuis quelques jours. Je me sens un peu dépassée par les travaux à faire, le déménagement à venir et l’appartement actuel à vendre avant fin 2021. J’ai peur que tout cela traine en longueur si je ne prends pas les choses en main. Lucien est tellement à fond dans son taf … Autant je prends le télétravail très à la cool, autant lui ne décolle pas de son écran entre 9 et 19 heures. Du coup j’ai l’impression que rien n’avance et ça a tendance à me rendre folle.

La liste de décisions futures me stresse aussi : crèche ou assistante maternelle ? Comment trouver quelqu’un de confiance ? Reprendre le boulot ou prendre un congé parental ? Aurai-je envie de laisser mon bébé de 4 ou 5 mois ? Quid des finances ? Autant de questions que j’aimerais ne pas avoir à me poser, mais Lucien ne l’entend pas de cette oreille. On vient d’acheter un appartement, il y a un crédit à rembourser …

Bref. Je suis loin d’être au top de la sérénité, même si objectivement et globalement tout va plutôt bien. J’en ai bien conscience et je ne me plains pas. Mais ces différents sujets trottent régulièrement dans ma tête … Je me poserais presque la question d’un suivi psychologique, histoire de parler de tout ça, voir si ça me détend un peu la nouille.

Ps : vous voulez rire ? J’ai fait relire tout ça à Lucien, comme souvent. Ça a ouvert la discussion et … j’ai pleuré ! ^^ Rebelote hier matin, quand j’ai reçu le cadeau d’anniversaire que m’a fait ma soeur. Ma sensibilité n’est peut-être pas si loin finalement !

Réflexion(s) du dimanche …

Ce matin Lucien m’a demandé : « Es-tu heureuse d’être enceinte ? » J’ai hésité quelques instants avant de répondre. Oui je le suis, parce que ça représente la dernière ligne droite dans notre désir de fonder une famille. C’est le quasi aboutissement des longues années de PMA et je suis vraiment contente que l’on y soit arrivé. Cette chance n’est pas donné à tout le monde. Pour autant, est-ce que j’aime être enceinte ? La réponse est moins évidente …

J’observe avec curiosité ce corps qui change et ces nouvelles rondeurs. Ça ne me dérange pas et ça ne m’inquiète pas pour la suite (contrairement à ce que l’on pourrait penser quand on sait que j’ai – à l’aise – 10 ans de troubles du comportement alimentaire au compteur). Ce qui me gêne le plus, c’est cette impression constante de ne pas être au top de ma forme. J’ai toujours un pet de travers ! Ce n’est pas grand-chose et c’est à chaque fois très banal, mais quand on est habituée à aller bien et à avoir un corps silencieux, bah c’est relou. Et puis il y a cette imprévisibilité : d’un jour à l’autre, tu peux passer d’un état général plutôt cool à celui de mollusque incapable de faire quoi que ce soit.

Je ne suis « qu’à » 16 SA (et des patates) et je ne connais pas encore le bonheur de sentir son bébé bouger dans son ventre. Peut-être que mon avis changera quand je découvrirai cela ? Ou peut-être pas. Quoiqu’il en soit, ça ne me culpabilise pas. On est loin de la grossesse idyllique que j’avais imaginée (mais j’avais rêvé grand). En tout cas jusqu’à maintenant.

Rassurez-moi : je ne suis pas la seule à penser comme ça ? 🙂