Un an de Mini Lu !

Le jour du premier anniversaire de Mini Lu, ma mère me demande : « Je peux te poser une question ? » Oula. Quand ça commence comme ça, c’est qu’elle ne va pas me demander si je préfère du beurre ou de la crème fraîche dans mes pâtes (les deux évidemment). Trois secondes à peine de réflexion et je lui réponds : « Je sais ce que tu vas me demander : est-ce qu’on veut un deuxième enfant ? » Bingo. S’en est suivie une grosse discussion, où j’ai listé les pour et les contre d’un autre bébé. En parler m’a fait réaliser que ma balance penchait vachement d’un côté finalement … Alors j’ai décidé de poser tout ça par écrit, pour que ça cesser de trotter sous mon crâne.

Côté pour :
>>> la fratrie : je vous bassine avec ça. Mais la famille de quatre, ça a toujours été un idéal. J’ai une soeur, Lucien aussi. On a des bonnes relations avec elles, on kiffe tous les deux. Mini Lu avec un frère ou une soeur, ce serait magique.
>>> l’expérience : revivre une grossesse, les coups de pied du bébé, le fameux glow, cette absence de pression par rapport à mon corps. Puis l’accouchement et les premiers mois. L’allaitement aussi ! Aujourd’hui je regarde avec nostalgie toutes les photos et vidéos que j’ai prises durant ce temps. Revivre tout ça pour un autre enfant, en ayant conscience que chaque moment sera le dernier. Saurais-je en profiter davantage ? Ai-je suffisamment profiter avec Mini Lu ? J’ai toujours l’impression que j’aurais pu faire autrement, même si une part de moi – la raison sans doute – sait que j’ai fait de mon mieux avec qui j’étais à ce moment.
>>> la facilité : on a 7 embryons au congélateur en RT. Sauf gros manque de chance, cette fois ça ne devrait pas nous prendre six ans pour une nouvelle grossesse.

Côté contre :
>>> l’état du monde : la planète qui meurt, les guerres, la surpopulation et tous les trucs de ce style. C’est dément et effrayant. Parfois même, je culpabilise d’avoir plongé Mini Lu là-dedans.
>>> la PMA : chez nous pour faire un bébé, il ne suffit pas de s’envoyer en l’air. Il y aurait des examens à (re)faire, des traitements à (re)prendre, un avion à réserver, etc. Et s’il y a un résultat positif, il y aura sans doute une angoisse constante et persistante, jusqu’au bout de la grossesse.
>>> mon corps : je n’oublie pas que j’ai passé 4 mois totalement HS, à vomir tous les jours. Ensuite ça a été cool. Mais il y a aussi le post-partum … C’est totalement superficiel pour certains, mais j’attache une grande importance à l’apparence et à la « fonctionnalité » de mon corps. Il doit être conforme à mes critères et faire ce que j’ai envie qu’il fasse. Par exemple : j’ai eu du mal à être freinée dans mes activités par ma césarienne. Même si je faisais quelques pas 24 heures après, un mois plus tard ça me « tirait » encore si je portais des charges un peu lourdes (la poussette par exemple). Autre exemple plus futile : la silhouette et le poids. J’ai tout perdu assez vite, mais la tonicité a mis plus de temps à revenir. Visuellement je n’étais pas fan de ce corps « mou », malgré tout ce qu’il avait vécu et m’avait permis !
>>> la crainte d’avoir une fille : avant d’être enceinte, ma préférence allait pour une fille. D’ailleurs au début de ma grossesse, j’étais persuadée que c’était une fille. Mais non ! Je me suis très vite fait à cette nouvelle et aujourd’hui je suis plus qu’heureuse d’être LA femme de ma famille. Durant ma période post-partum, quand j’étais un peu dans le dur, j’ai consulté une thérapeute spécialisée en troubles des conduites alimentaires. Elle m’a dit qu’il y avait une part de génétique dans ces maladies. Je n’ai pas déballée que Mini Lu n’avait pas mon ADN, mais c’est resté dans ma tête (comme le coup des bagages). Et je sais qu’une fille est, statistiquement, plus sensible à ce genre de pathologies qu’un garçon. J’aurais tellement peur de transmettre ça, qu’elle se construise aux côtés d’une mère qui n’est pas 100% tendre avec son propre corps et chez qui l’alimentation émotionnelle est une (mauvaise) habitude.
>>> l’âge : j’aurai 36 ans en décembre. Ça ne joue pas en ma faveur côté récupération et fatigue. C’est aussi l’âge auquel ma mère a eu ma petite soeur. J’ai des souvenirs d’enfance où j’ai souvent constaté que ma mère était la plus âgée des mamans. Même si maintenant les femmes ont souvent leur premier enfant plus tard qu’il y a 40 ans, il y a cet espèce de « plafond d’âge » que je n’ai pas envie de dépasser.
>>> l’équilibre : j’ai repris le boulot fin février. Avec seulement un jour de télétravail (les crevards). Réveil à 6 heures – transport / marche – boulot de 8 à 13 heures – (re)transport / marche – récupération de Mini Lu à 17 heures. Objectivement c’est très cool comme rythme. Mais comparé à ma vie d’avant, forcément c’est très différent ! Néanmoins j’ai réussi à y trouver mon équilibre : l’après-midi je peux caler une sieste si la nuit a été pourrie, faire du yoga, écrire, etc. Ça me permet aussi de profiter de mon fils, que je ne vois pas le matin puisque c’est Lucien qui le réveille, le prépare et l’emmène à la crèche. Nos deux familles vivent à un quart d’heure à pied de chez nous, c’est très pratique : quand je suis en week-end de formation de prof de yoga, Lucien passe la journée chez ses parents avec Mini Lu. Il délègue, les grands-parents sont contents, Mini Lu aussi … Bref : tout le monde est ravi ! Un second bébé, ce serait bouleverser cet équilibre, et je crois que je n’en ai pas envie. J’ai besoin d’avoir du temps pour moi, du temps seule surtout. Peut-être est-ce à cause de mes bagages, ou parce que je suis plutôt introvertie. Mais si je perds cet équilibre, je vais morfler moralement. Mon post-partum m’a parfois laissé entrevoir ce que ça pouvait donner de ne pas avoir une minute vraiment seule, et je n’ai pas envie de revivre ça.
>>> Lucien : il n’est pas particulièrement chaud. Il se trouve trop vieux et Mini Lu suffit à le combler de bonheur. ❤

Pour finir, revenons-en à LA question de ma mère. Alors que j’étais persuadée qu’elle s’attendait à ce que l’on fasse un autre bébé (à l’époque de ma grossesse, elle avait eu une phrase qui m’avait fait penser cela), elle m’a dit qu’elle comprenait totalement. « Si j’étais passée par tout ce que tu as traversé pour avoir Mini Lu, je n’aurais pas eu la force de me lancer pour un second ». Et ben vous savez quoi : ça m’a soulagé. De ne pas avoir cette « pression » du côté de ma famille. J’en doute qu’il en soit autant du côté de celle de Lucien … Quoique. Nous n’en avons jamais ouvertement discuté.

Bref : j’ai rendez-vous avec Madame-Hope dans un mois, et j’y vais sûrement pour rien au final. Mais ce n’est pas grave. Ce sera l’occasion de la remercier de vive voix pour ce qu’elle a fait pour et avec nous.