Burn-out maternel / Dépression post-partum

J’ai tenté de joindre mon psychiatre : il est absent jusqu’au 13 décembre, jour de mon rendez-vous. Depuis notre dernier entretien j’ai diminué mon ZOLOFT comme conseillé, puis la fatigue était telle que j’étais incapable de me souvenir si je l’avais pris la veille ou non (j’étais à une gélule tous les deux jours) alors j’ai arrêté totalement. Ça a été très progressif donc je ne pense pas que ce soit la cause de mon pétage de câble aujourd’hui. Mais voilà : trois mois sans jamais enchaîner plus de 3 heures de sommeil d’affilée (au mieux). Septembre, octobre, novembre. Décembre, je craque. D’autant plus que Mini Lu amorce sa troisième crève (vive la crèche), moi je ne suis toujours pas guérie de la précédente et je sais que l’on repart pour des journées et des nuits (encore plus) difficiles. Je ne m’en sens pas la force.

Il faut que je pose le bordel de mon cerveau quelque part en attendant de pouvoir en parler à quelqu’un. PMettes en galère, si jamais tu t’égares encore par ici, fuis maintenant ! Parce qu’il te sera sûrement insupportable de lire mes maux. On est loin du politiquement correct et de la maternité version Instagram.

Je suis épuisée. J’angoisse chaque matin à l’idée de la journée à venir, de m’occuper de Mini Lu à temps plein. Gérer le quotidien, les rendez-vous, les pleurs, les soins et son mal-être à cause de la maladie ou des poussées dentaires. Je n’ai jamais vécu de burn-out, mais j’imagine que ça doit ressembler à ce que je traverse en ce moment : je fais n’importe quoi ! Tout en même temps, donc tout à côté de la plaque. Un zombie en pilote automatique.

J’arrive enfin à poser ces mots à peu près calmement et de façon organisée, après avoir fait plus de 3 heures de sieste sous anxiolytique (Lucien s’occupait de Mini Lu, je ne suis quand même pas inconsciente). Anxio que j’ai récupéré chez mes parents, en toute illégalité. Mais avant ce court repos, j’étais vraiment en train de basculer. Littéralement. Un vrai sentiment de folie, de perdre pied. Je pète un câble. J’ai dépensé des sommes astronomiques ces derniers temps, sans aucune notion. Juste : je dépense sans regarder et quand le compte est vide je puise dans mes économies pour renflouer. Je me sens dépassée par tout et je n’arrive à lâcher prise sur rien. L’allaitement en numéro un : on a mis en place le lait artificiel pour les trois jours par semaine à la crèche, mais je continue de tirer mon lait pour remplacer chaque biberon. Du coup ce qui devait me soulager / alléger mon quotidien se transforme en une contrainte supplémentaire. Parce que je refuse de lâcher. Idem pour la diversification alimentaire, l’entretien de l’appartement, la préparation des cadeaux de Noël pour toute la famille, le frigo toujours rempli … Tout doit être parfait, encore et toujours. Je dois tout gérer. Pourtant personne ne m’impose cela. Aujourd’hui par exemple, Lucien m’a dit : « Je m’occupe de tout, tu fais ce que tu veux de ta journée. » Qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis allée courir, mais pas pour kiffer et profiter de la forêt. J’ai couru jusqu’au centre commercial pour récupérer un cadeau de Noël pour ma soeur. Et tout est comme ça. Je suis incapable de lâcher prise.

La vérité c’est que je suis épuisée et au bout de mes forces. Je pleure sans pouvoir m’arrêter dès que j’arrête de m’agiter dans tous les sens, ou dès que je dépose Mini Lu dans d’autres mains (où j’imagine qu’il est forcément mieux qu’avec moi). Je suis fatiguée. J’ai besoin de solitude, de vide, de calme, de rien. Sans Mini Lu, sans Lucien, sans ma famille, sans ma belle-famille. Mais c’est impossible. Des moments seule et des nuits qui ne ressemblent pas à des petites siestes. Voilà ce qu’il me faudrait pour remonter la pente j’imagine.

Dans un élan de prise de conscience, j’ai viré de mes réseaux sociaux tout ce qui tourne autour de l’allaitement, la parentalité, la diversification alimentaire, etc. Je pouvais passer des heures à trainer là-dessus. Et, si ça m’a été très utile dans un premier temps, maintenant ça ne fait qu’alimenter ma culpabilité. Je dois prendre du recul et lâcher prise. Ça fait des semaines que je me répète cela et j’en suis toujours au même point. C’est même de pire en pire chaque jour. Je ne sais pas comment faire. Je suis perdue et dépassée. J’ai besoin d’aide.

Car c’est bien cela, le « burn-out », terme jusqu’à peu réservé à l’épuisement professionnel. C’est ce qui arrive lorsque des mères, à l’image de certains salariés, cherchent à atteindre cette perfection fantasmée, et y consument littéralement toute leur énergie, physique, mais aussi psychique. « La femme se retrouve confrontée à de grandes difficultés, développe Maryse Vaillant, et personne ne s’en rend compte. C’est donc à la fois un sentiment d’épuisement mais aussi de solitude et d’incompréhension. » Car plus elle cherche à tout réussir, plus tout lui échappe. Elle a alors l’impression de n’avoir plus assez de temps pour personne : ni pour elle, ni pour ses enfants, ni pour son couple. De ne pas s’en sortir. De courir en permanence. Y compris en vacances. Elle se sent incomprise, mal aidée, peu soutenue … Mais estime paradoxalement que la charge de maternage lui incombe sans partage. Elle n’arrive pas à déléguer, se retrouve forcément dans l’impasse, et en souffre. 

C’est la fatigue qui frappe en premier. Difficulté à se lever le matin, sentiment d’être vidée. Puis le quotidien devient mécanique, les gestes sont répétés machinalement, surtout ceux à l’attention des enfants. Pour essayer d’économiser ses forces, la mère prend ses distances, notamment sur le plan affectif, y compris dans son couple. Mais très vite, cet état second la ronge. Elle réalise qu’elle s’éloigne chaque jour un peu plus de ce rôle de mère parfaite qu’elle cherchait pourtant à atteindre. Elle se dénigre, se déconsidère, perd confiance.

#mood

À 6 mois et 3 semaines, mon bébé vient de boire (sans entrain) son premier biberon de lait artificiel.

J’ai le coeur brisé.
Je suis épuisée.
Je culpabilise.

 Control freak !

(Anglicisme) Personne qui veut tout diriger d’une façon précise.

Je n’ai pas tout de suite compris que j’étais en train de virer control freak. Enfin je l’ai toujours été, mais pas à ce point. Avec la maternité et toutes les nouvelles « fonctionnalités » associées, ça a pris des proportions hallucinantes. C’est en écoutant un podcast et en tombant sur plusieurs publications sur Instagram que j’ai compris. L’appartement toujours rangé et propre. Des repas bio et homemade pour Mini Lu. Être apprêtée quotidiennement et gaulée comme si j’avais toujours 20 ans. De bonne humeur, sociable, souriante, ponctuelle, efficace, disponible … J’aimerais dire que je grossis un peu le trait, mais même pas. Mini Lu toujours bien habillé. Passer du temps de qualité avec lui et lui faire prendre l’air tous les jours. Etc. La liste est infinie, et il est impossible de cocher toutes les cases sans s’épuiser. Si l’on ajoute à ça les nuits hachées, l’allaitement et la bronchiolite (petit bonus dont on se serait bien passé), c’est l’autoroute directe vers le burnout parental. J’en ai conscience, et pourtant je n’arrive à lâcher prise sur rien.

Ma reprise du travail est prévue pour fin février 2022. Cette fois-ci c’est définitif : j’aurai épuisé l’allocation mensuelle de 397€ de la CAF (dispo pendant six mois) (jusqu’à il y a une semaine je pensais naïvement pouvoir en bénéficier pendant trois ans) et financièrement on ne peut pas se permettre de continuer sans mon salaire. Mais c’est finalement un soulagement : s’occuper toute la journée d’un bébé, c’est largement plus fatiguant qu’un travail dans un bureau ! J’en ai discuté avec ma collègue – quel bonheur d’ailleurs de retrouver un semblant de vie sociale, ne serait-ce que par téléphone ! – qui partage pleinement cette impression. Le plan est le suivant (control freak jusqu’au bout) : ce sera à Lucien de gérer le matin (je décollerai de la maison à 7 heures) et moi le soir. Ce nouveau rythme devrait me permettre de souffler un peu, à condition évidemment que j’arrive à lâcher ce besoin de contrôle et de perfection sur tout …

Le psychiatre m’a autorisé à progressivement arrêter mon antidépresseur. J’en suis à une gélule tous les deux jours. Il a préconisé cela en prévision du retour au taff, moment où il sera peut-être nécessaire de remettre un petit coup de boost … Ça me rassure de savoir que je pourrai compter sur ça au cas où. Même si ma vie n’a plus rien à voir avec la période où la dépression m’est tombée dessus, je sais que la fatigue peut me rendre hautement vulnérable. Et cette fatigue risque de ne pas me lâcher avant quelques années ! ^^

Journal de bord post-partum (6 mois)

J’ai l’impression que mon dernier article date d’il y a 1000 ans. Mais non, juste un mois. Un mois que Mini Lu va à la crèche trois jours par semaine. Un mois que je retrouve du temps. Pas forcément du temps « pour moi » – j’étais bien naïve d’y croire … – mais du temps seule. Et c’est déjà un gros changement ! L’adaptation s’est très bien passée, du côté de Mini Lu comme du mien. Il ne dort pas beaucoup là-bas mais c’est a priori le seul bémol. Ah non : il y a les maladies infantiles ! Le premier rhume (avec le spectre de la bronchiolite) et aussi la gastro. Pas pour Mini Lu qui a été vacciné, mais Lucien et moi y avons eu droit. Assez folklo ces journées avec parents HS et bébé en pleine forme … Deuxième mois de crèche et deuxième grosse crève pour Mini Lu. On repart pour 15 jours d’enfer : nuits sans sommeil, batailles au sérum physiologique, pleurs à longueur de journée, vomis de glaires, angoisses diverses … et j’en passe !

À côté de ça, c’est fascinant de voir Mini Lu grandir et changer chaque jour … Il y a quelques temps il s’est retourné du dos au ventre pour la première fois ! Il communique et sourit à tout va. Bref : c’est normal mais c’est fou !

Nous avons commencé la diversification alimentaire : je fais des purées et des compotes moi-même (quand on connait mon level en cuisine, ça tient du miracle). Mon petit morfale apprécie visiblement ! Nous fêtons aussi nos six mois d’allaitement. J’ai donné ma boite de lait infantile 1er âge, jamais ouverte mais achetée « au cas où je me fasse renverser par un camion ». Je ne sais pas jusqu’où on ira … Ça me semble déjà énorme et génial – je suis fière de mon petit gabarit capable de si bien nourrir mon bébé – mais pour autant je n’ai pas (encore) envie d’arrêter.

Journal de bord post-partum (5 mois)

Depuis que Mini Lu a eu 4 mois, adieu les belles nuits complètes. On est sur un réveil chronométré et toutes les 3 heures. L’équilibre que j’avais trouvé s’est cassé la gueule. Je suis un zombie totalement dévoué à mon fils : les seules activités / choses que je fais dans la journée sont pour son bien-être. Adieu le footing ou les cours de yoga. Bonjour la bouffe à gogo. Coucou les angoisses, l’anxiété et donc les troubles du sommeil. On est sur un combo 100% perdant. À tel point que j’ai dit à Lucien : « No way un deuxième bébé. Jamais ma santé mentale n’y survivra ! » Je le pense toujours, même si je suis loin d’avoir fait une croix définitive sur la fratrie.

Dans la catégorie des réjouissances, mes cheveux sont tombés par poignées. Des mèches entières entre les doigts à chaque shampoing. J’ai donc demandé à Lucien de me les raser. Neuf millimètres de cheveux sur le crâne, ça change ! Ça me va étonnamment bien, mais je compte laisser repousser. Reste juste à trouver un bon coiffeur pour m’accompagner ! En attendant, je profite de la praticité de cette coupe.

Mini Lu fait son entrée à la crèche lundi. Mode tire-lait activé ! Je suis déchirée entre soulagement, tristesse et culpabilité. Heureusement depuis quelques jours il montre qu’il a besoin de plus d’interactions et d’activités. J’essaye de me convaincre que ce mode de garde tombe au bon moment, pour lui pour son épanouissement et pour moi pour mon repos ! Mais je ne peux m’empêcher de m’en vouloir : il sera gardé trois petites journées par semaine alors que je ne bosse pas. Nous avons passé cinq mois collés H24. Nous n’avons jamais été éloigné plus de deux ou trois heures. Et quand il n’était pas avec moi, il y avait toujours Lucien près de lui. Ça n’a jamais été une contrainte ; c’était juste une évidence. [Je tique malgré moi quand je vois sur les réseaux sociaux des jeunes parents dire : « Bébé (2 mois) dort chez ses grands-parents cette nuit. »] Alors là, tout ce nouveau temps pour moi … Du temps en tête-à-tête avec Lucien aussi, qui bosse depuis la maison. Genre le midi on va pouvoir déjeuner au resto juste tous les deux ! Le truc qui n’est pas arrivé depuis des lustres.

On parle souvent de « se retrouver », en tant que femme. Bah je suis en plein dedans. Ou plutôt non, pas encore : là je suis 100% perdue dans mon rôle de mère ! Je ne suis plus que ça, je ne sais pas « être » autrement. J’ai aussi l’impression d’avoir perdu la moitié de mon cerveau durant ces derniers mois … Mon fils qui me sourit est la plus belle chose au monde. Mais il va vraiment falloir que je « me retrouve ».

Journal de bord post-partum (4 mois)

J’avais écrit ce qui suit dans un moment un peu down de fatigue. Je le laisse, même s’il ne correspond plus vraiment à mon mood actuel.

Mardi 24 août. Trois mois et 1/2 que je suis une mère. Ça me semble très peu et à la fois toute une vie. J’ai découvert la fatigue physique, mais surtout psychique. Pas celle de la dépression, pas vraiment. Celle où tu te sens vidée de toute ton énergie alors que tu n’as rien fait d’autre que de t’occuper de ton bébé toute la journée. Vide et à la fois en manque de quelque chose, d’une vie un peu plus « normale ». J’allais écrire « comme avant » mais ce n’est pas ça. Mon équilibre est toujours fragile. Les troubles du comportement alimentaire toujours là, prêts à jaillir à la moindre faiblesse. Mon psychiatre rentre de vacances fin août, il faut que je reprenne rendez-vous. J’ai toujours mon Zoloft quotidien. Je pense qu’on va le garder encore un moment … J’ai compris l’importance de prendre des moments pour soi quand on est une jeune maman. Une journée sans et c’est le craquage assuré dans la soirée. Même si on a le bébé le plus adorable du monde, qu’il dort durant les 5 heures de voiture, ne râle pas quand on dîne au resto, kiffe la randonnée en sling, fait du bateau comme s’il avait été marin dans une autre vie, etc. Avant je me rêvais mère au foyer. En réalité j’ai besoin d’autres choses. D’être une femme, une soeur, une sportive, une amie, une collègue. D’avoir mon indépendance financière aussi. Pour être la meilleure maman pour Mini Lu, j’ai besoin de moments sans lui. Écrire ces mots me culpabilise alors que je sais pertinemment que c’est normal. C’est sain même, pour lui comme pour moi. J’appréhende l’entrée en crèche début octobre, tout en sachant que ces trois petites journées hebdomadaires sans lui me permettront de me blinder préparer doucement au retour de la vie « active ». En parallèle il y a la culpabilité constante de me dire que je ne profite peut-être pas assez de tous ces moments qui passent trop vite et ne reviendront jamais. Bref.


Demain c’est le 8 septembre. Le jour où Mini Lu a été créé. J’avais décidé d’écrire un article par jour à cette époque. C’est fou tout ce que j’ai oublié. Je relis certains passage en pensant : « Ah oui c’est vrai, il y a eu ça. » Je vais d’ailleurs revoir l’une des nanas du stage de yoga dans quelques jours … C’est surréaliste de réaliser que je l’ai rencontrée – par le plus grand des hasards – juste avant la RT et que je la retrouve 1 an plus tard avec mon Mini Lu dans les bras.

J’ai l’habitude de dire que, pour nous, la roue a tourné à partir de ce voyage en République Tchèque. Même si on a eu quelques frayeurs, même si j’ai passé 3 mois la tête dans les WC, même si l’accouchement a été sport, même s’il y a eu ce début de vie un peu mouvementé … Putain qu’est-ce qu’on est heureux et chanceux depuis un an !

Journal de bord post-partum (3 mois)

Le temps passe tellement vite et tout va tellement bien que j’en oublie de laisser une trace écrite ici !

Que dire ? Mini Lu pèse 6.01 kilos pour 61.5 centimètres : il a laaargement rattrapé son petit poids de naissance ! Je suis très fière de nos trois mois d’allaitement exclusif. La remplaçante estivale de la pédiatre nous a informé qu’en septembre nous pourrions commencer la diversification ! Ça me parait super tôt … Quoiqu’il en soit, on fera ça (ou pas) au feeling, comme pour tout.

Mini Lu « fait ses nuits » : on est sur une moyenne de 22h – 7h, à laquelle on ajoute une grosse sieste le matin et une autre l’après-midi. Je pense que l’on peut s’estimer très chanceux ! Il sourit à tout va, adore les promenades en sling, le « bain libre » et les moments où il est sur le matelas à langer. Lucien est un papa aussi gaga qu’efficace. Je les laisse régulièrement en tête-à-tête pour courir ou me rendre en cours de yoga.

Nous partons pour nos premières vacances en famille dans quelques jours. D’abord à Annecy chez ma soeur, puis en Bretagne juste nous trois. Malgré les heures de route et tous les changements d’habitudes qu’impliquent les vacances, je n’ai aucune appréhension. Tout est tellement simple, fluide, cool … C’est juste dingue comme la roue a tourné depuis ce fameux mois de septembre 2020.

Journal de bord post-partum (2 mois)

Ça pourrait tenir en trois mots : tout va bien. Mini Lu est cool, il grandit bien et mon allaitement se passe à merveille. Nos nuits sont plutôt correctes, je suis en forme et pas déprimée. Bref : ça roule ! Impossible d’exprimer à quel point j’aime cette petite personne. C’est indécent comme les années de galère semblent s’effacer de mon cerveau quand je le regarde.

Pour être tout à fait honnête, j’alterne des jours où la fatigue me rend trop sensible / fragile / susceptible / déprimée (genre : juste envie de filer mes seins à Lucien et partir dormir quelques heures sur une île déserte) et d’autres où tout va bien. C’est sûrement le quotidien de toute (jeune) maman ! J’ai par ailleurs réalisé que je me foutais une pression pas possible à vouloir être parfaite partout et tout le temps. La parfaite maman pour Mini Lu, la parfaite meuf pour Lucien, la parfaite belle-fille pour sa famille, etc. Personne ne m’en demande autant mais je suis très douée pour m’infliger ça toute seule.

Mini Lu a eu 2 mois il y a quelques jours. Ses premiers vaccins aussi … Première fois que je le voyais pleurer et souffrir autant (si l’on oublie la prise de sang et « l’arrachage » du truc de perfusion sans anesthésie à l’hôpital, où j’ai hésité entre tuer l’infirmière et fondre en larmes). Impossible de lui effleurer les cuisses (là où il avait reçu les injections) : hyper pratique quand tu changes une couche (mission déminage de l’extrême) ou que tu allaites habituellement en mode BN.

En vrac :
– J’ai officialisé ma demande de congé parental d’éducation. Je retournerai au travail en janvier 2022. C’est un soulagement, même si sur le plan financier ça va demander pas mal d’ajustements (c’est un euphémisme).
– J’ai prolongé le loyer de nos embryons à REPROFIT pour 5 ans. Après m’être imaginée remettre le couvert tout de suite, puis attendre au moins 6 ans afin que Mini Lu soit plus autonome, aujourd’hui on ne sait pas. Lucien psychote sur son âge. Une chose est sûre : on veut profiter un maximum au jour le jour. On se posera donc sérieusement cette question d’un deuxième bébé … plus tard !
– J’ai repris la course à pied, deux mois après avoir été découpée ! Un gros shoot d’endorphines pour mon mental ! Mon périnée est « rééduqué » et je vais aussi faire un petit coup de rééduc’ abdominale, même si la gynéco ne trouve pas ça indispensable. Ça aidera peut-être mon bide mou à retrouver une tronche un peu plus sympathique à mes yeux … STOP : on a dit qu’on arrêtait de se mettre la pression !
– Je commence à bien maitriser le tire-lait ! Pas encore suffisamment pour envisager de poursuivre l’allaitement lors de l’entrée en crèche (prévue pour octobre, j’ai encore le temps de voir venir), mais assez pour laisser Mini Lu sans moi durant quelques heures.

Pensée à toutes les PMettes qui passeraient encore par là. ❤
Courage !

Journal de bord post-partum (1 mois)

Disclaimer : cet article ne contient aucune notion scientifique. C’est juste mon ressenti à chaud, au jour le jour. Histoire de garder une trace de tout ça quelque part. Et puis si ça me permet d’échanger, c’est toujours bon à prendre. 🙂


18/05 – Je n’ai pas pris tout de suite conscience de la prématurité de Mini Lu. À quelques jours près … Je ne pensais pas que c’était si important. Et pourtant, au fil des jours, j’ai compris qu’on ne blaguait pas avec un nouveau-né né à 36 SA + 2 jours et pesant 2.6 kilos à la naissance. D’autant plus quand il s’agit d’un allaitement maternel … Peu à peu tout le monde est venu me mettre la pression sur le poids (en plus de l’éventualité d’un rebond de jaunisse qui m’inquiétait déjà pas mal) : après la maternité et l’hôpital, ça a été au tour de la sage-femme. Ça n’était évidemment pas malveillant mais – quand elle m’a demandé de tenir un journal précis d’allaitement durant 24 heures, avec une pesée à son cabinet le lendemain de ma première visite – j’ai bien compris qu’elle ne voulait prendre aucun risque. Ajoutez à cela le fait que Mini Lu peut passer plus de 4 heures sans réclamer à manger … Bref : vous obtenez le combo parfait pour stresser n’importe quelle jeune maman, et par la même occasion lui tuer sa lactation. Mini Lu a 11 jours et je considère que chaque jour d’allaitement est une petite victoire. À ce rythme, je ne sais pas si on réussira à aller très loin (et ça m’attriste de ouf).

Dans un autre style (et grâce à l’une d’entre vous), j’ai revu ma position initiale à propos de la tétine. Le besoin de réassurance, la succion non nutritive, la prématurité … Tellement de sujets nouveaux sur lesquels je ne connais rien (et dont personne ne nous informe). Ma seule priorité, c’est la santé et le bien-être de mon bébé. Alors, comme pour tout, je fais mes propres recherches. C’est dingue tout ce qu’il y a à découvrir.


22/05 – Quand j’ai vu la conseillère en lactation lors de mon séjour à la maternité, elle m’a parlé du fameux « mois d’or » (j’ai lu le bouquin durant ma grossesse : une mine d’informations, même si en pratique la majorité des conseils sont impossibles à mettre en place) mais surtout elle m’a dit quelque chose qui m’a marqué : normalement et jusqu’au 8 juin, Mini Lu devrait encore être dans mon ventre. Depuis je garde ça en tête pour tout. J’essaye d’anticiper les besoins de mon bébé et d’aménager sa vie en ayant toujours en tête son ancien « petit cocon utérin ». J’ai l’impression que ça fonctionne plutôt bien : notre quotidien est tranquille. Tous les trois, on trouve notre rythme.

15 jours aujourd’hui pour Mini Lu, et j’ai le sentiment que l’allaitement est bien calé. La situation autour de la jaunisse et du poids se calme un peu : on a toujours quelques contrôles réguliers à l’hôpital, mais à chaque fois on s’en sort haut la main et Mini Lu continue de grossir tranquilou. Moins de stress pour tout le monde, moins de fatigue pour moi et plus de temps pour profiter de mon bébé. La phrase « Profite, ça passe trop vite ! » prend une fois de plus tout son sens. J’ai parfois une montée de nostalgie quand je pense à tout ces moments qui appartiennent déjà au passé … D’ailleurs en parlant de ça : il semblerait que j’ai échappé au babyblues ! Peut-être que l’allaitement me maintient dans ce petit cocon de bonheur et d’ocytocine ?


07/06 – Le temps passe, et j’ai de moins en moins envie d’écrire. Parce que tout roule, il n’y a rien que j’ai besoin de poser quelque part pour me vider la tête. Mini Lu a 1 mois aujourd’hui. Lucien a repris le boulot. Tout va bien. C’est prenant, c’est fatiguant. C’est plein de remises en question aussi. Mais je profite à fond de ce petit être et chaque jour je suis full of gratitude.

Notre séjour à la maternité … et l’hospitalisation qui a suivi ! (2/2)

Gyrophare à gogo et pleine vitesse, nous atteignons le service de néonatalogie du Centre Hospitalier Rives de Seine en un rien de temps. Nous n’y faisons qu’un passage rapide, avant d’être dirigés en pédiatrie. Mini Lu est placé dans un appareil de photothérapie, d’abord H24 (avec des pauses seulement pour le nourrir et le changer), puis par cycles de 3 heures. Finalement le traitement plus lourd – la perfusion d’albumine – n’est pas jugé nécessaire. J’ai le sentiment que la maternité a paniqué un peu vite pour rien, mais je ne peux pas leur reprocher d’être précautionneux.

Une chose me gave : on colle directement une tétine dans la bouche de mon bébé, sans même me demander mon avis. Ma big crainte depuis le début de mon allaitement, c’est la confusion sein / tétine (la « préférence tétine par rapport au sein » serait plus exacte mais vous voyez l’idée). Mini Lu a eu des biberons de lait artificiel durant quelques jours, à cause de son statut de prématuré et son petit poids. Puis, quand ma montée de lait a débarqué (bien vénère en plus, qui aurait cru que mes petits seins pouvaient donner autant), j’ai tiré mon lait pour complémenter, au cas où Mini Lu ne serait pas assez mature pour téter suffisamment. Alors cette tétine supplémentaire sortie de nulle part, c’est un peu la goutte de trop. Sauf qu’une fois que Mini Lu l’a dans la bouche, il cesse de gigoter comme un ver hystérique dans sa couveuse fluorescente … Et moi je préfère voir mon fils paisible – autant que possible – dans cette machine. Du coup je ne dis rien, mais ça me peine. Pour cette première nuit d’hospitalisation, quand on nous explique que seul un parent peut rester dormir sur place, je craque en silence. Lucien profite que j’aille aux toilettes pour ôter la tétine maudite de Mini Lu. Et d’autres fois c’est lui-même qui la balance toute seule et sans broncher. ❤

Quelques heures après cette arrivée en trombe à l’hôpital, je passe chez moi pour me doucher et me changer. Il y a tout juste une semaine, on débarquait à la maternité … Là je rentre – seule – à la maison, presque comme si de rien n’était. Mon reflet dans le miroir de la salle de bain me fait un peu mal au cœur. Exit le gros ventre, place à un corps que je n’ai jamais vu dans cet état : la cicatrice, le ventre mou, les seins hyper gonflés … Je monte par curiosité sur la balance : déjà moins 6 kilos.

Afin qu’il y ait toujours l’un de nous près de Mini Lu, nous organisons doucement un rythme assez crevant, à base d’allers-retours entre la maison et l’hôpital (rien n’est prévu pour les parents dans le service de pédiatrie). Les nuits sont devenues des siestes et les bips incessants des scopes n’aident pas à trouver le sommeil. Lucien a cette faculté à s’endormir n’importe où n’importe quand. Moi pas … Alors quand c’est possible, je tire mon lait et je rentre dormir quelques heures dans notre lit.

Une autre chose m’a gavé durant ce séjour : alors que les infirmières voient Lucien en peau à peau puis donnant son biberon à Mini Lu, elles diront en rigolant qu’il fait un « allaitement paternel ». La remarque me reste en travers de la gorge. Genre moi et mes nichons on fait de la figuration quoi. Globalement je ne me sens pas à l’aise les premiers temps dans ce service. Une pédiatre me fait d’ailleurs comprendre que, parce que je souhaite allaiter, c’est à moi de rester ici la nuit. Elle me refuse quasiment un tire-lait, sous-entendu parce que c’est un peu facile de déléguer ça au papa. Heureusement tout le personnel n’est pas aussi con. Mais certaines têtes ne me reviennent vraiment pas. Quand je me retrouve seule avec Mini Lu bloqué dans son tunnel de lumière, je craque. Ce marathon sans date de fin connue est un peu compliqué, d’autant que je suis toujours assez en vrac physiquement depuis la césarienne.

Heureusement, bientôt ma belle-soeur m’ôte mes dernières agrafes. Un petit pas vers un mieux pour mon corps. Peu à peu, Mini Lu retrouve une couleur moins jaune. Il prend du poids, est plus éveillé et l’on peut commencer à envisager une vraie sortie. Le grand retour chez nous, à trois cette fois.

Ça fait maintenant huit jours que je suis maman. Je ressens un paquet de profonds changements intérieurs, difficilement explicables. Je suis assez zen. Rien à voir avec la fin de grossesse en mode Bisounours, ni avec la PMA option angoisses et dépression. Comme une sorte de force tranquille – avec toujours quelques failles évidemment – qui s’affirme de plus en plus, surtout si ça concerne mon bébé. Je me sens vraiment bien, malgré la fatigue. Je suis simplement super heureuse. Et infiniment reconnaissante.