Journal de bord post-partum (8 mois)

Un nouveau rythme s’est mis en place depuis le début de l’année : Mini Lu va à la crèche du lundi au vendredi et c’est généralement Lucien qui l’emmène le matin. Ça change tout ! Je profite un maximum de mon temps libre seule, et je profite mieux du temps que je passe avec mon bébé. Je savoure donc pleinement – enfin j’essaye : la culpabilité (inutile) n’est jamais loin – ces quelques semaines cool avant le retour au travail. J’ai repris le yoga et la méditation. En plus les jours rallongent … Bref : ça va mieux !

J’ai aussi envie de croire que ce nouveau fonctionnement est mieux pour Mini Lu : son planning est le même du lundi au vendredi. Bon il y a toujours les fermetures de crèche (merci le Covid-19) et les rhumes qui menacent de muter en bronchiolites. Mais globalement tout est en place pour ma reprise du taff.

Le week-end Lucien est là donc nous sommes tous ensemble et c’est parfait. ❤ Avec cette nouvelle organisation, je ne me sens plus du tout « écrasée » par le fait de m’occuper de mon bébé. C’est redevenu un plaisir. Toutes mes angoisses control freak ont disparu (ouf) (merci le ZOLOFT).

J’essaye d’arrêter ma lactation. Mon corps semble avoir du mal à piger le concept : je suis encore obligée de tirer mon lait une à deux fois par jour. La véritable dernière tétée a eu lieu dans ma famille quand nous avons fêté Noël. Une tétée toute douce, un moment parfait que ma soeur a immortalisé en photo. Mais j’ai du mal à tourner cette page, à me dire que cette connexion si particulière est terminée. Parfois je nous imagine reprendre l’allaitement … Cette ambivalence explique peut-être pourquoi mon corps continue de produire du lait !

Journal de bord post-partum (7 mois)

Il y a quelques jours j’ai eu 35 ans. Ressenti : 45. Effet coup de pelle dans la gueule.

Le bilan de 2021 pourrait se résumer ainsi : j’ai été enceinte, Mini Lu est né et après 4 mois tranquilou c’est devenu compliqué. J’en ai chié durant des années avant d’être enceinte, et aujourd’hui je ne suis pas pleinement heureuse. Parce que je n’arrive pas à (re)trouver un équilibre. Je pensais naïvement que j’aurais du temps « pour moi » en déposant Mini Lu à la crèche trois mini journées par semaine. Que nenni ! Covid-19 à gogo, la crèche ferme régulièrement ses portes durant 7 jours. Ou alors mon bébé est malade. Ou alors c’est la fermeture annuelle. Bref : il y a toujours quelque chose ! Mais à partir de janvier il y sera (normalement) toute la semaine. J’espère que ça me permettra de me retaper avant la reprise du travail. Parce que là je coule.

Je suis full d’angoisses, de stress, de fatigue, de coups de déprime et même de boulimie. Ma solitude me manque. Le temps me manque. Mini Lu est une tornade dans ma vie. Il me demande tout mon temps et toute mon attention. Le constat est dur mais indéniable : je n’arrive pas à m’épanouir en étant « juste » une mère. J’ai besoin d’être plus que ça. Mais je n’en trouve pas le temps ni l’énergie.

Il n’y aura pas de fratrie. Je ne pourrai pas recommencer tout ça. Je ne parle pas de la PMA, puisque de ce côté le plus dur est fait : nous avons sept embryons congelés. Quelques examens, un traitement hormonal et des transferts, c’est vraiment peanuts par rapport à tout ce que l’on a traversé. Ce qui me semble insurmontable c’est vivre une grossesse (c’est à dire – pour moi – passer 4 mois à vomir) en ayant un bébé à gérer. Et puis le post-partum. D’ailleurs on considère que ça se termine quand ce post-partum ?!

Le manque de sommeil et de temps m’épuisent. Je n’arrive pas à profiter. J’ai récemment dit à Lucien en pleurant : « Rien n’est un kiffe en ce moment. » La reprise du ZOLOFT (depuis un peu plus de trois semaines) a éteint mes plus grosses angoisses, mais ce n’est toujours pas l’extase. Je n’arrive pas à reprendre mon souffle.

Pour Noël, Mini Lu m’a fait flipper et nous avons passé une partie du réveillon aux urgences. Nous n’avons même pas encore fait les fêtes dans ma famille. C’est prévu pour cette semaine, mais autant vous dire que je suis loin d’être dans un mood très joyeux. Tout le monde me rabat les oreilles avec ce « premier Noël à trois » tandis que je rêve secrètement d’une semaine solo sur une île tropicale. Cette période ne m’a jamais vraiment réussi (ma dépression et mes rechutes ont toujours eu lieu à la fin de l’année), mais cette fois en plus je culpabilise : j’ai tout pour être heureuse, et ça ne va toujours pas.

La dernière tétée …

Il y a 15 jours, Mini Lu a chopé une énième rhino-pharyngite. Alors pour lui faciliter la tâche, j’ai une fois de plus tiré mon lait non-stop, parce que boire au biberon était plus simple. Après quelques jours à ce rythme (branchée au tire-lait 20 minutes toutes les 3 ou 4 heures) je décidais qu’il était temps pour moi / pour ma santé (mentale et physique) de lâcher prise sur l’allaitement. Grosse ombre au tableau : je n’avais aucun souvenir de la dernière tétée. Et ça m’attristait terriblement.

Alors hier, au réveil d’une sieste, j’ai mis Mini Lu au sein. Il n’était pas mort de faim. C’était un petit moment câlinou. Quelques minutes tendres, juste nous deux. Ça ne sera peut-être pas réellement la dernière tétée, mais avec l’introduction du lait artificiel et les tirages que j’espace de plus en plus, ma lactation diminue. Alors j’ai envie de conserver l’image de celle-ci comme la dernière. Parce qu’elle était douce, calme, mignonne, parfaite. À l’image des six mois d’allaitement « exclusif » que nous avons vécus.

Ps : impossible de comptabiliser toutes les larmes que j’ai versées en écrivant ces quelques lignes. 💔

J’ai testé … la psychologue de la crèche !

Je n’avais aucune idée précise de son rôle, mais je me suis dit : « Lucienne, tu coules dans ta merde, prends tout ce qui est à ta portée pour rester à flot et que surtout ça n’impacte pas ton bébé. » Le lendemain de ma demande, j’avais un rendez-vous. Petite angoisse, parce que je n’ai pas vu de psychologue depuis des lustres et à chaque fois ça se passe tellement mal – comprendre : je pleure non-stop durant l’entretien – que je n’ai aucune envie d’y retourner. Le psychiatre c’est bien plus facile à gérer, car beaucoup plus factuel et médical. D’ailleurs en parlant de lui : il m’a rappelé suite à mon SOS. J’ai loupé ses premiers appels, because j’ai passé la journée au lit sous anxio (après avoir cleaner l’appart …) (Mini Lu étant à la crèche). On repart sur un ZOLOFT par jour. Pour lui il n’est pas question de dépression post-partum, mais plutôt d’un début de burn-out.

Revenons à la psychologue de crèche ! Un échange de plus d’une heure qui m’a fait du bien et qui a vite mis le doigt sur des choses qui traînent chez moi depuis … vingt ans ?! Elle m’a donné le contact d’une consœur qui propose des thérapies comportementales et cognitives (TCC), qui seraient selon elle plus appropriées à ma / mes problématique(s) qu’un suivi « classique » / psychanalytique. J’ai pris un rendez-vous, j’espère avoir le courage de m’y rendre (et d’y retourner ensuite …). Je sais qu’il y a un gros taff sur mon perfectionniste et mon besoin d’être aimée / validée. Et que ça va sans doute faire très mal de creuser par là …

Elle a aussi enfoncé quelques portes ouvertes : Mini Lu n’a pas besoin d’une mère parfaite / de manger des purées bio homemade / d’un appartement rangé / de couches de telle ou telle marque. Il a juste besoin d’une maman bien dans ses baskets. Et prendre du temps seule ne fait pas de moi une horrible personne. Mieux : le fait de verbaliser ma fatigue ou mes difficultés autorise Mini Lu à ne pas être lui-même parfait, et il parait que c’est important. Bref : si sur le papier tout cela est évident, en pratique c’est loin d’être le cas et je suis incapable de « lâcher » sur quoi que ce soit. On verra bien ce que donne la TCC (ou pas).

Ps : merci pour vos commentaires et mails suite à mon précédent article. Je n’ai pas trouvé le courage ni le temps d’y répondre, mais ça m’a fait du bien de vous lire. ❤

Burn-out maternel / Dépression post-partum

J’ai tenté de joindre mon psychiatre : il est absent jusqu’au 13 décembre, jour de mon rendez-vous. Depuis notre dernier entretien j’ai diminué mon ZOLOFT comme conseillé, puis la fatigue était telle que j’étais incapable de me souvenir si je l’avais pris la veille ou non (j’étais à une gélule tous les deux jours) alors j’ai arrêté totalement. Ça a été très progressif donc je ne pense pas que ce soit la cause de mon pétage de câble aujourd’hui. Mais voilà : trois mois sans jamais enchaîner plus de 3 heures de sommeil d’affilée (au mieux). Septembre, octobre, novembre. Décembre, je craque. D’autant plus que Mini Lu amorce sa troisième crève (vive la crèche), moi je ne suis toujours pas guérie de la précédente et je sais que l’on repart pour des journées et des nuits (encore plus) difficiles. Je ne m’en sens pas la force.

Il faut que je pose le bordel de mon cerveau quelque part en attendant de pouvoir en parler à quelqu’un. PMettes en galère, si jamais tu t’égares encore par ici, fuis maintenant ! Parce qu’il te sera sûrement insupportable de lire mes maux. On est loin du politiquement correct et de la maternité version Instagram.

Je suis épuisée. J’angoisse chaque matin à l’idée de la journée à venir, de m’occuper de Mini Lu à temps plein. Gérer le quotidien, les rendez-vous, les pleurs, les soins et son mal-être à cause de la maladie ou des poussées dentaires. Je n’ai jamais vécu de burn-out, mais j’imagine que ça doit ressembler à ce que je traverse en ce moment : je fais n’importe quoi ! Tout en même temps, donc tout à côté de la plaque. Un zombie en pilote automatique.

J’arrive enfin à poser ces mots à peu près calmement et de façon organisée, après avoir fait plus de 3 heures de sieste sous anxiolytique (Lucien s’occupait de Mini Lu, je ne suis quand même pas inconsciente). Anxio que j’ai récupéré chez mes parents, en toute illégalité. Mais avant ce court repos, j’étais vraiment en train de basculer. Littéralement. Un vrai sentiment de folie, de perdre pied. Je pète un câble. J’ai dépensé des sommes astronomiques ces derniers temps, sans aucune notion. Juste : je dépense sans regarder et quand le compte est vide je puise dans mes économies pour renflouer. Je me sens dépassée par tout et je n’arrive à lâcher prise sur rien. L’allaitement en numéro un : on a mis en place le lait artificiel pour les trois jours par semaine à la crèche, mais je continue de tirer mon lait pour remplacer chaque biberon. Du coup ce qui devait me soulager / alléger mon quotidien se transforme en une contrainte supplémentaire. Parce que je refuse de lâcher. Idem pour la diversification alimentaire, l’entretien de l’appartement, la préparation des cadeaux de Noël pour toute la famille, le frigo toujours rempli … Tout doit être parfait, encore et toujours. Je dois tout gérer. Pourtant personne ne m’impose cela. Aujourd’hui par exemple, Lucien m’a dit : « Je m’occupe de tout, tu fais ce que tu veux de ta journée. » Qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis allée courir, mais pas pour kiffer et profiter de la forêt. J’ai couru jusqu’au centre commercial pour récupérer un cadeau de Noël pour ma soeur. Et tout est comme ça. Je suis incapable de lâcher prise.

La vérité c’est que je suis épuisée et au bout de mes forces. Je pleure sans pouvoir m’arrêter dès que j’arrête de m’agiter dans tous les sens, ou dès que je dépose Mini Lu dans d’autres mains (où j’imagine qu’il est forcément mieux qu’avec moi). Je suis fatiguée. J’ai besoin de solitude, de vide, de calme, de rien. Sans Mini Lu, sans Lucien, sans ma famille, sans ma belle-famille. Mais c’est impossible. Des moments seule et des nuits qui ne ressemblent pas à des petites siestes. Voilà ce qu’il me faudrait pour remonter la pente j’imagine.

Dans un élan de prise de conscience, j’ai viré de mes réseaux sociaux tout ce qui tourne autour de l’allaitement, la parentalité, la diversification alimentaire, etc. Je pouvais passer des heures à trainer là-dessus. Et, si ça m’a été très utile dans un premier temps, maintenant ça ne fait qu’alimenter ma culpabilité. Je dois prendre du recul et lâcher prise. Ça fait des semaines que je me répète cela et j’en suis toujours au même point. C’est même de pire en pire chaque jour. Je ne sais pas comment faire. Je suis perdue et dépassée. J’ai besoin d’aide.

Car c’est bien cela, le « burn-out », terme jusqu’à peu réservé à l’épuisement professionnel. C’est ce qui arrive lorsque des mères, à l’image de certains salariés, cherchent à atteindre cette perfection fantasmée, et y consument littéralement toute leur énergie, physique, mais aussi psychique. « La femme se retrouve confrontée à de grandes difficultés, développe Maryse Vaillant, et personne ne s’en rend compte. C’est donc à la fois un sentiment d’épuisement mais aussi de solitude et d’incompréhension. » Car plus elle cherche à tout réussir, plus tout lui échappe. Elle a alors l’impression de n’avoir plus assez de temps pour personne : ni pour elle, ni pour ses enfants, ni pour son couple. De ne pas s’en sortir. De courir en permanence. Y compris en vacances. Elle se sent incomprise, mal aidée, peu soutenue … Mais estime paradoxalement que la charge de maternage lui incombe sans partage. Elle n’arrive pas à déléguer, se retrouve forcément dans l’impasse, et en souffre. 

C’est la fatigue qui frappe en premier. Difficulté à se lever le matin, sentiment d’être vidée. Puis le quotidien devient mécanique, les gestes sont répétés machinalement, surtout ceux à l’attention des enfants. Pour essayer d’économiser ses forces, la mère prend ses distances, notamment sur le plan affectif, y compris dans son couple. Mais très vite, cet état second la ronge. Elle réalise qu’elle s’éloigne chaque jour un peu plus de ce rôle de mère parfaite qu’elle cherchait pourtant à atteindre. Elle se dénigre, se déconsidère, perd confiance.

#mood

À 6 mois et 3 semaines, mon bébé vient de boire (sans entrain) son premier biberon de lait artificiel.

J’ai le coeur brisé.
Je suis épuisée.
Je culpabilise.

 Control freak !

(Anglicisme) Personne qui veut tout diriger d’une façon précise.

Je n’ai pas tout de suite compris que j’étais en train de virer control freak. Enfin je l’ai toujours été, mais pas à ce point. Avec la maternité et toutes les nouvelles « fonctionnalités » associées, ça a pris des proportions hallucinantes. C’est en écoutant un podcast et en tombant sur plusieurs publications sur Instagram que j’ai compris. L’appartement toujours rangé et propre. Des repas bio et homemade pour Mini Lu. Être apprêtée quotidiennement et gaulée comme si j’avais toujours 20 ans. De bonne humeur, sociable, souriante, ponctuelle, efficace, disponible … J’aimerais dire que je grossis un peu le trait, mais même pas. Mini Lu toujours bien habillé. Passer du temps de qualité avec lui et lui faire prendre l’air tous les jours. Etc. La liste est infinie, et il est impossible de cocher toutes les cases sans s’épuiser. Si l’on ajoute à ça les nuits hachées, l’allaitement et la bronchiolite (petit bonus dont on se serait bien passé), c’est l’autoroute directe vers le burnout parental. J’en ai conscience, et pourtant je n’arrive à lâcher prise sur rien.

Ma reprise du travail est prévue pour fin février 2022. Cette fois-ci c’est définitif : j’aurai épuisé l’allocation mensuelle de 397€ de la CAF (dispo pendant six mois) (jusqu’à il y a une semaine je pensais naïvement pouvoir en bénéficier pendant trois ans) et financièrement on ne peut pas se permettre de continuer sans mon salaire. Mais c’est finalement un soulagement : s’occuper toute la journée d’un bébé, c’est largement plus fatiguant qu’un travail dans un bureau ! J’en ai discuté avec ma collègue – quel bonheur d’ailleurs de retrouver un semblant de vie sociale, ne serait-ce que par téléphone ! – qui partage pleinement cette impression. Le plan est le suivant (control freak jusqu’au bout) : ce sera à Lucien de gérer le matin (je décollerai de la maison à 7 heures) et moi le soir. Ce nouveau rythme devrait me permettre de souffler un peu, à condition évidemment que j’arrive à lâcher ce besoin de contrôle et de perfection sur tout …

Le psychiatre m’a autorisé à progressivement arrêter mon antidépresseur. J’en suis à une gélule tous les deux jours. Il a préconisé cela en prévision du retour au taff, moment où il sera peut-être nécessaire de remettre un petit coup de boost … Ça me rassure de savoir que je pourrai compter sur ça au cas où. Même si ma vie n’a plus rien à voir avec la période où la dépression m’est tombée dessus, je sais que la fatigue peut me rendre hautement vulnérable. Et cette fatigue risque de ne pas me lâcher avant quelques années ! ^^

Journal de bord post-partum (6 mois)

J’ai l’impression que mon dernier article date d’il y a 1000 ans. Mais non, juste un mois. Un mois que Mini Lu va à la crèche trois jours par semaine. Un mois que je retrouve du temps. Pas forcément du temps « pour moi » – j’étais bien naïve d’y croire … – mais du temps seule. Et c’est déjà un gros changement ! L’adaptation s’est très bien passée, du côté de Mini Lu comme du mien. Il ne dort pas beaucoup là-bas mais c’est a priori le seul bémol. Ah non : il y a les maladies infantiles ! Le premier rhume (avec le spectre de la bronchiolite) et aussi la gastro. Pas pour Mini Lu qui a été vacciné, mais Lucien et moi y avons eu droit. Assez folklo ces journées avec parents HS et bébé en pleine forme … Deuxième mois de crèche et deuxième grosse crève pour Mini Lu. On repart pour 15 jours d’enfer : nuits sans sommeil, batailles au sérum physiologique, pleurs à longueur de journée, vomis de glaires, angoisses diverses … et j’en passe !

À côté de ça, c’est fascinant de voir Mini Lu grandir et changer chaque jour … Il y a quelques temps il s’est retourné du dos au ventre pour la première fois ! Il communique et sourit à tout va. Bref : c’est normal mais c’est fou !

Nous avons commencé la diversification alimentaire : je fais des purées et des compotes moi-même (quand on connait mon level en cuisine, ça tient du miracle). Mon petit morfale apprécie visiblement ! Nous fêtons aussi nos six mois d’allaitement. J’ai donné ma boite de lait infantile 1er âge, jamais ouverte mais achetée « au cas où je me fasse renverser par un camion ». Je ne sais pas jusqu’où on ira … Ça me semble déjà énorme et génial – je suis fière de mon petit gabarit capable de si bien nourrir mon bébé – mais pour autant je n’ai pas (encore) envie d’arrêter.

Journal de bord post-partum (5 mois)

Depuis que Mini Lu a eu 4 mois, adieu les belles nuits complètes. On est sur un réveil chronométré et toutes les 3 heures. L’équilibre que j’avais trouvé s’est cassé la gueule. Je suis un zombie totalement dévoué à mon fils : les seules activités / choses que je fais dans la journée sont pour son bien-être. Adieu le footing ou les cours de yoga. Bonjour la bouffe à gogo. Coucou les angoisses, l’anxiété et donc les troubles du sommeil. On est sur un combo 100% perdant. À tel point que j’ai dit à Lucien : « No way un deuxième bébé. Jamais ma santé mentale n’y survivra ! » Je le pense toujours, même si je suis loin d’avoir fait une croix définitive sur la fratrie.

Dans la catégorie des réjouissances, mes cheveux sont tombés par poignées. Des mèches entières entre les doigts à chaque shampoing. J’ai donc demandé à Lucien de me les raser. Neuf millimètres de cheveux sur le crâne, ça change ! Ça me va étonnamment bien, mais je compte laisser repousser. Reste juste à trouver un bon coiffeur pour m’accompagner ! En attendant, je profite de la praticité de cette coupe.

Mini Lu fait son entrée à la crèche lundi. Mode tire-lait activé ! Je suis déchirée entre soulagement, tristesse et culpabilité. Heureusement depuis quelques jours il montre qu’il a besoin de plus d’interactions et d’activités. J’essaye de me convaincre que ce mode de garde tombe au bon moment, pour lui pour son épanouissement et pour moi pour mon repos ! Mais je ne peux m’empêcher de m’en vouloir : il sera gardé trois petites journées par semaine alors que je ne bosse pas. Nous avons passé cinq mois collés H24. Nous n’avons jamais été éloigné plus de deux ou trois heures. Et quand il n’était pas avec moi, il y avait toujours Lucien près de lui. Ça n’a jamais été une contrainte ; c’était juste une évidence. [Je tique malgré moi quand je vois sur les réseaux sociaux des jeunes parents dire : « Bébé (2 mois) dort chez ses grands-parents cette nuit. »] Alors là, tout ce nouveau temps pour moi … Du temps en tête-à-tête avec Lucien aussi, qui bosse depuis la maison. Genre le midi on va pouvoir déjeuner au resto juste tous les deux ! Le truc qui n’est pas arrivé depuis des lustres.

On parle souvent de « se retrouver », en tant que femme. Bah je suis en plein dedans. Ou plutôt non, pas encore : là je suis 100% perdue dans mon rôle de mère ! Je ne suis plus que ça, je ne sais pas « être » autrement. J’ai aussi l’impression d’avoir perdu la moitié de mon cerveau durant ces derniers mois … Mon fils qui me sourit est la plus belle chose au monde. Mais il va vraiment falloir que je « me retrouve ».

Journal de bord post-partum (4 mois)

J’avais écrit ce qui suit dans un moment un peu down de fatigue. Je le laisse, même s’il ne correspond plus vraiment à mon mood actuel.

Mardi 24 août. Trois mois et 1/2 que je suis une mère. Ça me semble très peu et à la fois toute une vie. J’ai découvert la fatigue physique, mais surtout psychique. Pas celle de la dépression, pas vraiment. Celle où tu te sens vidée de toute ton énergie alors que tu n’as rien fait d’autre que de t’occuper de ton bébé toute la journée. Vide et à la fois en manque de quelque chose, d’une vie un peu plus « normale ». J’allais écrire « comme avant » mais ce n’est pas ça. Mon équilibre est toujours fragile. Les troubles du comportement alimentaire toujours là, prêts à jaillir à la moindre faiblesse. Mon psychiatre rentre de vacances fin août, il faut que je reprenne rendez-vous. J’ai toujours mon Zoloft quotidien. Je pense qu’on va le garder encore un moment … J’ai compris l’importance de prendre des moments pour soi quand on est une jeune maman. Une journée sans et c’est le craquage assuré dans la soirée. Même si on a le bébé le plus adorable du monde, qu’il dort durant les 5 heures de voiture, ne râle pas quand on dîne au resto, kiffe la randonnée en sling, fait du bateau comme s’il avait été marin dans une autre vie, etc. Avant je me rêvais mère au foyer. En réalité j’ai besoin d’autres choses. D’être une femme, une soeur, une sportive, une amie, une collègue. D’avoir mon indépendance financière aussi. Pour être la meilleure maman pour Mini Lu, j’ai besoin de moments sans lui. Écrire ces mots me culpabilise alors que je sais pertinemment que c’est normal. C’est sain même, pour lui comme pour moi. J’appréhende l’entrée en crèche début octobre, tout en sachant que ces trois petites journées hebdomadaires sans lui me permettront de me blinder préparer doucement au retour de la vie « active ». En parallèle il y a la culpabilité constante de me dire que je ne profite peut-être pas assez de tous ces moments qui passent trop vite et ne reviendront jamais. Bref.


Demain c’est le 8 septembre. Le jour où Mini Lu a été créé. J’avais décidé d’écrire un article par jour à cette époque. C’est fou tout ce que j’ai oublié. Je relis certains passage en pensant : « Ah oui c’est vrai, il y a eu ça. » Je vais d’ailleurs revoir l’une des nanas du stage de yoga dans quelques jours … C’est surréaliste de réaliser que je l’ai rencontrée – par le plus grand des hasards – juste avant la RT et que je la retrouve 1 an plus tard avec mon Mini Lu dans les bras.

J’ai l’habitude de dire que, pour nous, la roue a tourné à partir de ce voyage en République Tchèque. Même si on a eu quelques frayeurs, même si j’ai passé 3 mois la tête dans les WC, même si l’accouchement a été sport, même s’il y a eu ce début de vie un peu mouvementé … Putain qu’est-ce qu’on est heureux et chanceux depuis un an !